26mai/100

Vous êtes déjà en 2020 : “La quasi-neutralité du Net”

En prenant l’autoroute ce vendredi soir pour partir en week-end, coincé dans un embouteillage, j’ai repensé à l’image qu’utilisa Tim Wu, professeur de droit à l'Université de Columbia, pour lancer le débat de la neutralité du réseau en 2005. En me présentant enfin à la barrière de péage, j’ai eu le choix entre deux tickets. L’un me permettait de rouler à la vitesse maximale autorisée en empruntant une voie spéciale “heures-de-pointe”, à condition d’être l’heureux propriétaire d’une voiture de la marque de l’un des trois constructeurs ayant signé un accord exclusif avec l’exploitant de la société d’autoroutes. L’autre m’autorisait à emprunter les voies encombrées par le plus grand nombre. Bien sûr, cela n’a pas eu lieu, enfin pas tout à fait de cette manière, et j’ai dû prendre mon mal à patience.

Les débats sur la neutralité de l’Internet ont pris une place croissante jusqu’à envahir l’espace de discussion publique du début de la décennie 2010, toutes les sensibilités s’exprimant au grès des attentes et intérêts des uns et des autres. Entre les  « ultras », tenants d’un Internet immuable et gardiens du dogme originel, et les industriels opportunistes suspectés de confisquer des zones entières de l’Internet à leur profit, le débat a souvent été vif mais toujours intéressant et stimulant. Si aujourd’hui de nombreux éléments de la discussion semblent définitivement dépassés, comme la question de la tarification différenciée, d’autres restent d’actualité comme celle de l’accès libre à un contenu tout à la fois local et mondialisé.

Même si l’analogie est à utiliser avec précaution, je ne peux pas m’empêcher de faire un parallèle entre le concept de la neutralité du Net et celui de la « main invisible » d’Adam Smith qui a tant servi pour caricaturer les débats entre les tenants du laisser-faire et les interventionnistes. Dans les deux cas, il est fait référence à un état d’équilibre idéal obtenu par la grâce d’une référence mythique et qui n’a jamais été observé dans la vraie vie. La soi-disant neutralité originelle du Web n’a-t-elle pas engendrée en un temps record des acteurs aussi puissant que Google ? Or il s’agissait de trouver un équilibre bien réel entre les forces antagonistes en présence, en navigant entre les écueils de l’angélisme et du dogmatisme. Ce message d’un pragmatisme bien compris a bon an mal an prévalu, avec plus ou moins de bonheur selon les pays, en étant appliqué par des autorités de régulation – réunissant généralement des compétences sur les réseaux et les contenus – le plus souvent guidées par les principes cardinaux de transparence, de non-discrimination, de concurrence dans les accès et d’investissement et innovation.

Il faut dire que l’Internet d’aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec l’Internet des débuts. Même si la distinction entre l’Internet des réseaux et de l’Internet des usages reste pertinente pour préserver ce que certains appellent une « quasi-neutralité », avec une tendance de fond qui se prolonge encore : l’industrie des réseaux, toujours en phase de concentration, notamment en Europe, et mobilisée par des investissements lourds dans les réseaux très haut débit fixe et mobile, doit composer avec une multiplication des usages et des contenus accessibles sans cesse régénérée (web sémantique, ’Internet des données, web temps réel, Internet mobile, web 3D et Internet des objets).

Finalement, un équilibre instable a permis de définir un Internet fixe et mobile pour tous, assortis de conditions minimales d’accès en termes de qualité, de tarifs et de contenus. Sur ce socle, une diversité d’offres et d’approches continue de s’exprimer via des fournisseurs d’accès spécialisés, des opérateurs intégrés verticalement, des acteurs puissants de l’Internet en mesure d’offrir de plus en plus de services tout en investissant dans des partie de l’infrastructure de réseau et une grande diversité de fournisseurs de services innovants. Tous restent in fine sous la surveillance des utilisateurs qui plébiscitent les services pertinents et se détournent des offres caduques.

En arrivant enfin sur les lieux de mon séjour dominical, après un si long voyage pour une si courte distance, et en oubliant déjà les affres promis par l’inévitable retour, je passe un premier coup de fil en VoIP sur mobile devenue à la fois une manière habituelle de téléphoner et une petite victoire dans le vaste combat de la neutralité du Net.

Jean-Dominique Séval

Rapport sur le sujet :
- "VoIP Mobile" par Soichi Nakajima
- "The Online Content Distribution Market" par Vincent Bonneau,

Les travaux conduits par Yves Gassot sur la régulation des communications (Digiworld Programme de l’IDATE).

20fév/100

Vous êtes déjà en 2020 : “Objets intelligents, avez-vous donc une âme ?”

Artcile publié dans la lettre "Edition Multimédia"

Je me souviens d’un temps, que j’ai bien connu, où les objets étaient simplement… des objets inanimés et où l’on se plaisait à imaginer qu’ils pouvaient avoir une âme. Aujourd’hui, parmi les milliards d’objets qui nous entourent et qui nous servent, une forte proportion sont dit intelligents : grâce à une puce intégrée, ils sont porteurs de leur identité, ils enregistrent des informations et parfois communiquent entre eux et surtout avec nous ! Les possibilités offertes par de ces nouvelles propriétés semblent infinies… L’avènement des objets intelligents dans notre quotidien a été une véritable révolution. Révolution douce et irréversible de nos habitudes, aux conséquences sociales et économiques profondes, comme en son temps la machine à laver ou le réfrigérateur.

Ce matin après avoir claqué la porte, mon manteau s’est immédiatement adapté aux conditions extérieures – pluie légère et froid piquant – tandis que son col, qui intègre l’ensemble des outils de communication de base, me permet d’écouter les nouvelles du matin sur ma station radio préférée. Un rapide coup d’œil sur la manche droite me permet de prendre connaissance du planning de la journée. Je n’ai même pas eu besoin de sortir mon téléphone mobile pour prendre un premier appel : le micro et l’oreillette intégrés dans le col permettent de répondre directement.

Mon téléphone mobile est quant à lui devenu une véritable télécommande universelle, ou encore mieux, une souris me permettant d’agir sur l’espace qui m’entoure. D’un clic, dirigé vers une affiche annonçant un concert qui m’intéresse, j’obtiens immédiatement les informations utiles : les détails sur le programme, les dernières critiques et les places encore disponibles. Si je veux, je peux réserver à l’instant. 

 Je suis rassuré, car je viens de recevoir les alertes – toutes au vert – du bulletin de santé quotidien de mon père, enregistré par sa puce implantée qui mesure les indicateurs clés et les transmets à son médecin et à ses proches. Son état nécessite une vigilance constante, et nous sommes rassurés de savoir que nous pouvons lui venir en aide rapidement si cela s’avérait nécessaire. 

Il m’arrive encore d’être surpris lorsque je rentre le soir chez moi et que mon salon tout entier s’adapte instantanément à mes goûts, de la lumière d’ambiance aux motifs sur les murs en passant par ma musique préférée du moment.

L’internet aujourd’hui, ce sont près de trois milliards d’êtres humains connectés, contre un milliard en 2008. Mais ce sont également vingt milliards de sites Web correspondant à des lieux virtuels et des objets communiquant les uns avec les autres en permanence, sans intervention humaine. Ce sont enfin deux cents milliards d’objets communiquant et tous associés à leur site Web : objets intégrés dans les murs, robinets, poignées de portes, réfrigérateurs, clés, automobiles, veste, parapluie, valise, sac à main, pacemaker, téléphone portable,… Auxquels s’ajouteront sans doute bientôt d’autres milliards de poussières intelligentes* : une galaxie de micromachines intégrées dans notre environnement et régulant notre vie quotidienne.

Jean-Dominique Séval
Research Business Unit Manager
Commercial & Marketing Director, IDATE

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Sur le sujet l'IDATE a publié les rapports « M2M : The Machine-to-Machine Market » de Samuel Ropert et « RFID& Internet of Things » de Vincent Bonneau

28déc/090

Vous êtes déjà en 2020 : “L’odyssée de la presse”

Artcile publié dans la lettre "Edition Multimédi@"

Ah bon, on lit encore la presse ? Mais oui, même s’il est vrai que cela ne fait que quelque temps que j’ai retrouvé le goût de la lecture des nouvelles du matin. J’ai lu mon dernier exemplaire papier il y trois ans : j’avais succombé aux ultimes efforts des groupes de presse pour nous satisfaire en prenant un abonnement à mon quotidien préféré, livré chaque matin avant que le soleil ne se lève.

Mais la dernière réorganisation industrielle conjuguée à la pression des nouvelles directives européennes en matière de développement durable (le cocktail « matière première-impression- transport-livraison » était devenu vraiment insoutenable) a encore réduit la part du support papier. Je lis maintenant l’actualité du matin sur mon écran ePaper, un lecteur dédié qui me permet de disposer de ma sélection d’articles (local, économique, politique) chargés automatiquement dès leur parution, bien avant mon réveil. J’apprécie cet écran qui se fait oublier et qui me suit partout, même sur ma table du petit déjeuner, éclairée par le soleil matinal.

Après les âpres batailles de 2009 – où l’on a vu tour à tour fondre les effectifs des rédactions aux Etats-Unis, le vote de l’étrange loi Hadopi en France et la mise en place du statut d’éditeur de presse en ligne – s’en est donc presque fini de notre presse d’autrefois, même si le papier garde ses lettres de noblesse et un lectorat. Il est vrai cependant que, même avant 2010, les étudiants ne lisaient déjà presque plus de quotidiens papier, hormis un gratuit attrapé hâtivement avant de prendre leur métro. En fait, mon accès à l’info s’est bien simplifié depuis que j’ai tout regroupé dans mon abonnement Internet : les deux magazines auxquels je tiens et les journaux au format électronique pour des articles de fond et l’analyse de certains éditorialistes. Il y aura toujours une place de choix pour l’investigation et l’analyse.

J’avoue cependant que mon accès le plus fréquent à l’info reste mon moteur de recherche préféré, qui est mon lien le plus régulier tout au long de la journée : ma revue de presse personnalisée et actualisée en permanence. J’ai ainsi appris à dompter et maîtriser les sources qui me conviennent. J’utilise une dizaine de sites qui sont pour moi autant de titres de référence et que je consulte plus ou moins régulièrement : politiques locale et internationale, cinéma, voyage, vie citoyenne, ...

C’est d’autant plus facile qu’aujourd’hui on ne fait presque plus la différence entre nos médias bien différenciés d’hier : les groupes de presse se sont en effet réorganisés autour de rédactions qui ont les moyens de produire des émissions diffusées et déclinées à la radio, à la télé, sur Internet et dans des magazines. Ainsi, je ne me lasse plus de regarder ma radio. Ce n’est plus une petite boîte noire mais un écran très fin qui me permet de savoir ce que j’écoute et d’accéder à des émissions en vidéo retransmises en direct. Le direct, c’est ce qui m’attire encore, comme beaucoup d’autres, vers mes écrans de télé. Les chaînes ont finalement fait leur révolution. Cela a été long, mais c’est un réel bonheur pour des passionnés d’information de découvrir les nouveaux Albert Londres parcourant le monde, caméra désormais embarquée dans leurs lunettes de soleil.

Ah, j’allais oublier : le soir, cela fait longtemps que nous avons appris à nous passer du « 20 heures », disparu de mort naturel, pour aller puiser l’info à de multiples sources. Ce soir, par exemple, je prendrai des nouvelles de mon réseau social, des infos de mes proches et de mes amis, rassemblés par la magie du web et premiers producteurs des news qui me concernent.

Jean-Dominique Séval
Research Business Unit Manager
Commercial & Marketing Director, IDATE

Rapport de l’IDATE sur le sujet : « Stratégies Internet de la presse » par Gille Fontaine et Marc Leiba, et « e-Paper » par Vincent Bonneau.

17nov/090

Vous êtes déjà en 2020 : “La vie en 3D”

Artcile publié dans la lettre "Edition Multimédia"

Hier soir, je me suis demandé comment étaient les films, les jeux, les vidéos et la plupart des images qui nous entourent aujourd’hui, avant la généralisation de la 3D. J’imagine que c’était un peu comme à la fin du vingtième siècle, quand nos parents, baignés d’images en couleur, visionnaient avec nostalgie les hésitations d’Ingrid Bergman prisonnière d’un Casablanca en noir et blanc. La 3D fait partie de ces inventions qui nous ont fait rêver si longtemps. Contrairement à l’Internet qui est apparu presque d’un seul coup au tournant des années 1990, la 3D nous vient du fond du 19e siècle, dès 1838, avec la naissance de la stéréoscopie, et nous accompagne depuis lors, puisque ce sont 250 films et émissions de télévision qui ont été produits en 3D tout au long du 20e siècle. Mais durant toutes ces années, ces films ont été relégués, au mieux au rang de curiosités comme La maison de cire (1953) d’André de Toth, et généralement aux archives de leurs maisons de production, comme ce fut la cas pour la version 3D du Crime était presque parfait (1954) d’Alfred Hitchcock.

En réalité, la révolution de la 3D n’a véritablement commencé qu’entre 2005 et 2010. Les films d’animation numérique ont les premiers lancé la course, les dessins animés Pixar démodant d’un seul coup les productions du roi Disney. Le relais a été ensuite pris par les films des grands studios nord-américains qui ont vu dans la 3D une fantastique opportunité pour attirer toujours plus de spectateurs dans les salles et contrer le piratage de leurs productions. D’autres types d’écran, publicitaires cette fois, dans nos magasins et parfois dans nos rues, commencent à s’animer en trois dimensions. La 3D est même entrée dans nos foyers, via les jeux vidéo, qui ont souvent été le laboratoire des usages futurs. Les joueurs sont désormais au coeur d’univers tellement crédibles qu’il faut de plus en plus de temps pour revenir sur terre lorsque l’on retire ses lunettes d’immersion virtuelle. Depuis peu, la 3D est même accessible sur des téléviseurs à prix raisonnables et raccordés à des réseaux très haut débits.

Au même moment, l’Internet adoptait la 3D. En effet, comment choisir sur les boutiques du Web des objets ou des vêtements sans une image la plus réaliste possible et donc en 3D ? Manipuler des objets virtuels, modifier leurs couleurs ou leurs textures, est devenu aussi naturel que de prendre en main un article dans le rayon d’un magasin. De même qu’il est devenu courant de participer à des réunions et de suivre des séances de formation utilisant les ressources de la télé-présence en 3D. Aujourd’hui, nous sommes ainsi littéralement immergés dans un bain quotidien d’images fixes ou animées en relief. Les porteurs de lunettes, dont je suis, ont enfin un avantage: avoir dans la poche une paire de ces nouvelles générations de lunettes qui, en plus de protéger du soleil ou de corriger la vue, sont capables d’activer une vision 3D instantanée.

Alors que les univers virtuels dans lesquels nous entrons et sortons tout au long de nos jours et de nos nuits sont devenus si réalistes, voilà que nous sommes déjà en train de passer à l’étape suivante avec l’effondrement du « mur numérique ». Désormais les objets en 3D de l’espace virtuel sortent de nos ordinateurs et viennent nous rejoindre dans le monde réel. Les imprimantes 3D, apparues au début des années 2000, réalisent des copies en trois dimensions, de cartes, de maquettes, de sculptures, de bijoux... Nous pouvons ainsi disposer chez nous d’imprimantes qui, telles de véritables micro usines personnalisées (Fabber ou Fab Lab, pour fabrication laboratory), nous permettent de faire apparaître à volonté, tels des démiurges antiques, une multitude d’artéfacts.

Jean-Dominique Séval
Research Business Unit Manager
Directeur Marketing & Commercial

Rapports de l'IDATE sur le sujet :
- Web 3D par Vincent Bonneau
- Vidéo 3D par Samuel Ropert

 

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